Une odeur de pâte qui dore, de fromage qui fond et de charcuterie italienne qui chante dans le four. Un soir de semaine, place du village. Des enfants qui courent, des voisins qui discutent, des voitures qui s’arrêtent. Tout cela, dans certains villages de l’Eure, c’est grâce à un camion rouge et blanc… et à un homme : Olivier Guérin.
Un camion à pizzas qui rallume la vie des villages
Dans la vallée de l’Epte, près de Vernon, beaucoup de petits villages n’ont plus de commerce. Plus de boulangerie, plus d’épicerie, parfois même plus de café. Le soir, tout peut paraître un peu vide.
Quand le food truck Casa di Olivio arrive, l’ambiance change. Le camion s’installe sur la place, le four se met en route, la lumière attire les habitants. On entend : « Vous prenez quoi ce soir ? », « Comme d’habitude ? ». On croise un voisin, un collègue, parfois même le maire du village.
Olivier le dit lui-même : ce n’est pas toujours rentable, mais cela compte pour lui. Il sait que, pour certains villages, sa venue est un vrai moment de lien social. Une sorte de petite fête, le temps d’une soirée.
De boulanger à pizzaïolo itinérant : un changement de vie
Avant de rouler sur les routes de l’Eure, Olivier était boulanger à Andrésy, dans les Yvelines. Une boutique fixe, une équipe de 9 personnes, des journées très longues. Et un constat dur : beaucoup de travail, mais de moins en moins d’argent.
Le prix des matières premières a explosé. Il cite par exemple le chocolat, passé d’environ 70 € les 5 kg à 160 €. Pour une boulangerie, cela change tout. Gagner sa vie devient compliqué. Gérer du personnel aussi, avec la fatigue et les responsabilités.
Alors il a pris une décision forte. Quitter la boutique, se séparer de son équipe, et se lancer dans un commerce ambulant. Un camion, un four, des pizzas. Et surtout, retrouver une forme de liberté.
La vallée de l’Epte : un coup de foudre
En 2023, Olivier décide de poser ses valises à Château-sur-Epte. Il découvre la vallée. Et il tombe littéralement amoureux du paysage. Des champs, des petits chemins, le calme, la rivière. Il parle d’un endroit « magnifique et tranquille ».
Parfois, pendant un service, il a l’impression d’être seul au monde. Le camion est garé sur une petite place, le soleil se couche derrière les arbres, la fumée du four monte doucement. La scène pourrait presque être celle d’un film.
Il tourne désormais dans des villages comme Panilleuse, Bois-Jérôme-Saint-Ouen, Heubécourt-Haricourt, Sainte-Geneviève-lès-Gasny, Écos… Des noms que beaucoup de gens ignorent. Lui, il les connaît « comme sa poche ».
Des pizzas italo-corses, sans compromis
Dans son camion, Olivier a laissé tomber les pains au chocolat. À la place, il prépare des pizzas italo-corses avec une vraie exigence sur les produits. Il insiste : il travaille avec des produits bruts.
La charcuterie (coppa, pancetta, saucisson sec…) et une partie des fromages viennent directement d’Italie et de Corse. Il ne cherche pas à faire « comme au supermarché ». Il veut quelque chose de franc, simple, généreux. Il se décrit d’ailleurs comme « mordu de gastronomie ».
Chez lui, pas de pizza à l’ananas ni de pizza aux fruits de mer surgelés. Il préfère des recettes classiques, bien faites, qui respectent la pâte et la cuisson. Moins de fantaisie, plus d’authenticité.
Une idée de recette inspirée de son camion : la pizza italo-corse à faire chez vous
Vous n’habitez pas près de Vernon ? Vous pouvez quand même vous inspirer de l’esprit de la Casa di Olivio à la maison. Voici une idée de pizza italo-corse simple, à préparer chez vous, avec des ingrédients faciles à trouver.
Ingrédients pour 2 grandes pizzas (3 à 4 personnes)
- Pour la pâte :
- 500 g de farine de blé (type 00 si possible, sinon T45/T55)
- 300 ml d’eau tiède
- 8 g de sel fin
- 5 g de levure boulangère sèche (ou 15 g de levure fraîche)
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
- Pour la garniture :
- 250 g de coulis de tomate nature
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
- 1 gousse d’ail écrasée
- 1 c. à café d’origan séché
- 250 g de mozzarella (idéalement en boule, bien égouttée)
- 80 g de coppa ou de lonzu en fines tranches
- 50 g de fromage de brebis corse râpé ou émietté (ou un autre brebis affiné)
- Quelques olives noires (8 à 10)
- Poivre noir moulu
- Quelques feuilles de roquette (facultatif, pour servir après cuisson)
Préparation pas à pas
- 1. Préparer la pâte
- Dans un grand saladier, mélangez la farine et le sel.
- Dans un bol, délayez la levure dans l’eau tiède. Laissez reposer 5 minutes.
- Versez l’eau avec levure et l’huile d’olive sur la farine. Mélangez avec une cuillère, puis à la main.
- Pétrissez 8 à 10 minutes, jusqu’à obtenir une pâte souple et lisse qui ne colle presque plus.
- Formez une boule, couvrez le saladier avec un torchon et laissez lever 1 h à 1 h 30 dans un endroit tiède. La pâte doit presque doubler de volume.
- 2. Préparer la sauce rapide
- Dans un bol, mélangez le coulis de tomate, l’huile d’olive, l’ail écrasé, l’origan et un peu de sel.
- Goûtez et ajustez l’assaisonnement. La sauce doit être parfumée mais pas trop acide.
- 3. Façonner les pizzas
- Préchauffez votre four au maximum (240 à 260 °C si possible) avec une plaque ou une pierre à pizza à l’intérieur.
- Dégazez la pâte en la pressant légèrement. Divisez-la en 2 boules.
- Sur un plan de travail légèrement fariné, étalez chaque boule en disque fin de 25 à 30 cm de diamètre, avec les doigts ou au rouleau.
- Déposez les disques sur une feuille de papier cuisson.
- 4. Garnir
- Étalez une fine couche de sauce tomate sur chaque pâte, en laissant un petit bord.
- Répartissez la mozzarella en morceaux sur le dessus.
- Ajoutez les tranches de coppa ou de lonzu, puis le fromage de brebis.
- Terminez avec quelques olives noires et un peu de poivre.
- 5. Cuisson
- Glissez la première pizza (avec le papier) sur la plaque ou la pierre bien chaude.
- Faites cuire 8 à 12 minutes, selon votre four, jusqu’à ce que les bords soient bien dorés et le fromage fondu.
- Ajoutez un filet d’huile d’olive à la sortie du four et, si vous aimez, quelques feuilles de roquette.
- Répétez avec la deuxième pizza.
Le résultat ? Une pizza fine, croustillante sur les bords, moelleuse au centre, avec le parfum du brebis et de la charcuterie qui rappelle un peu l’esprit italo-corse d’Olivier. Simple, mais généreux.
Plus qu’un repas, un moment de rencontre
Avec son camion, Olivier ne se contente pas de vendre à manger. Il tisse des liens. Il voit les mêmes familles revenir semaine après semaine. Il discute avec les anciens, il rigole avec les adolescents qui hésitent entre deux pizzas.
Il s’adapte aussi à la vie locale. En plus de ses tournées de village, il cuisine pour des mariages, des anniversaires, des marchés de Noël, des brocantes, des fêtes de la musique. Il propose des prestations sur mesure, en fonction du nombre d’invités et du budget.
Son camion devient alors une vraie scène conviviale. On commande, on attend, on discute. On partage une part de pizza avec un proche. On se rappelle qu’un village, ce n’est pas seulement des maisons. C’est surtout des gens qui se retrouvent.
Comment le trouver si vous êtes dans l’Eure
Si vous habitez près de Vernon ou dans la vallée de l’Epte, vous pouvez suivre les tournées de la Casa di Olivio. Les emplacements et dates sont mis à jour sur sa page Facebook. Il est aussi possible de l’appeler directement pour un événement ou une commande groupée.
Dans un contexte où les petits commerces ferment, où les centres-villes se vident, ce genre d’initiative fait du bien. Un camion, un four, des produits bruts, et un homme qui aime ce qu’il fait. Parfois, il ne faut pas beaucoup plus pour faire revivre un village le temps d’une soirée.






